Le directeur général de l’Office des Lacs et Cours d’eau (Olac), par ailleurs second adjoint au maire de St. Louis, dresse la solution innovante pour contrer l’avancée de la mer à St. Louis : des géobags. Ses services s’occupent de la préservation des ressources en eaux de surface, de leur valorisation économique, la protection de tous les lacs et cours d’eau du pays, à l’exception des Fleuves Sénégal et Gambie (OMVS et OMVG)

L’avancée de la mer débouchant sur l’érosion côtière ce n’est pas nouveau à Saint-Louis. Mais en a-t-on défini les causes réelles ?

Je dois dire que depuis un certain temps, il y a beaucoup d’experts qui disent que c’est du à la brèche. Personnellement je ne peux ni le confirmer, ni l’infirmer étant entendu qu’il n’y a pas encore une étude technique sérieuse qui démontre de l’impact de la brèche sur l’avancée de la mer. Ce qu’il faut retenir c’est qu’entre 1927 et 1930, les autorités d’alors (Ndlr : le Sénégal était sous administration coloniale) avaient construit un mur de protection. En ce moment, on ne parlait pas encore d’ouverture dans la brèche. Pourtant ce mur a connu ses premiers affaissements en 1950, puis en 1955. Je dirais que l’avancée de la mer est du à plusieurs phénomènes dont le réchauffement planétaire et les changements climatiques qui ont l’impact le plus avéré sur l’avancée du trait de côte de l’Océan. Nous avons des images satellites, et si on les compare les données entre aout 2003 et 2018, on remarquera que le trait de côte a beaucoup progressé faisant presque disparaitre la bande de sable dans cette partie de St. Louis.

La situation est préoccupante, quelles sont les solutions qui sont à l’étude ou déjà disponibles ?

Comme je l’ai dit, nous allons procéder à des protections d’urgence. Tout le monde parle d’un mur de protection alors que ce n’en est pas un. Toutes les personnes qui s’activent, prenant sur elles-mêmes la responsabilité de publier des articles dans la presse font hors-sujet. Il s’agit d’abord de poser un matelas Reno. Il s’agit d’un matelas de trois mètres de large que l’on va mettre avec du gravillon mis dans des cages qu’on va poser le long de la plage. Sur ces matelas nous allons poser deux rangées de ‘‘geobags’’. Ce derniers sont des sacs qui, remplis de sable, pèsent 5 tonnes. Chaque sac a une longueur de 3 mètres et une largeur de 1,40 mètre et une épaisseur de 0,70 mètre. Une fois remplis, ils sont cousus et posés à même le sol. On va poser deux rangées qui seront perpendiculaires. Devant ces rangées de géobags, nous allons disposer des cabillots en trois rangées qui sont des caissons en grillage plastifié pour protéger et atténuer les forces de contact des vagues sur ces géobags. Comme vous voyez, cette fois ce n’est pas un mur, ce n’est pas quelque chose de rigide non plus. Ça peut se mouvoir suivant le déplacement du sol et pour lequel on peut même poser ultérieurement une ou deux autres rangées de ‘‘geobags’’, si la situation s’avère nécessaire. Nous allons le faire sur 4 km, tout le long de la Langue de Barbarie. Le jour où l’on déterminera les travaux durables et qu’ils puissent être réalisés, si l’étude démontre qu’il n’est pas nécessaire de laisser les ‘‘geobags’’, on les enlève comme on va enlever les caissons de cabillots pour les utiliser ailleurs éventuellement. Ce n’est pas comme le mur de 1927. Nous appelons les activistes qui font hors-sujet à se rapprocher de nous pour avoir des informations idoines pour éclairer leurs appréciations. On n’occulte aucun point, c’est un débat dont on voudrait qu’il soit basé sur des faits réels.

Comment avez-vous défini les ordres de priorité ?

Depuis 2015, ce phénomène s’est accentué, causant l’effondrement de maisons, et amenant même des autorités administratives et municipales à déplacer les personnes. Il fallait intervenir suivant deux échelons de temps : faire des travaux d’urgence pour la protection des populations et définir ensuite des travaux durables. C’est l’objet des projets qui sont mis en œuvre. L’Etat du Sénégal a déjà mis 4 milliards de FCfa pour entamer des travaux de protection d’urgence de la bande côtière de la Langue de Barbarie. Lors de la visite du président français Emmanuel Macron, il s’est engagé à donner le complément de ce financement pour que toute la Langue soit protégée contre l’avancée de la mer sur le court terme. Concomitamment à ces travaux, une étude va être effectuée sur financement de la Banque mondiale, mise en œuvre par l’agence de développement municipal (Adm), pour lequel les cabinets sont sélectionnés. C’est un groupement d’un cabinet hollandais et un français appelé Egis. Ce bureau va effectuer les études techniques et environnementales nécessaires pour définir les causes exactes de cette érosion et déterminer la consistance des travaux à réaliser pur une protection durable de cette Langue de Barbarie.

A quand peut-on s’attendre à voir ces réalisations ?

Le président français Emmanuel Macron a pris des engagements très pragmatiques. Il a instruit ses services dont l’Agence française de développement (Afd) à finaliser des études dans un délai de trois mois pour qu’on puisse commencer les travaux en 2018. Donc ce sont des échéances connues. Les travaux vont démarrer en 2018 et finir au plus tard en 2019, si ça ne se termine pas d’ici la fin de cette année même. L’Afd est déjà dans la procédure de recrutement du bureau qui doit élaborer le dossier d’appel d’offres. Au nom du maire remercier tous ceux qui se sont mobilisés pour réussir à essayer de sauver St. Louis parce que cette région c’est trois entités : la Langue de Barbarie, L’île et Sor. Si l’une d’elles disparait, St. Louis n’est plus St. Louis. Nous sommes confiants que St. Louis sera sauvée.

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